Pour l’approche humaniste nous avons tous en naissant, un élan d’actualisation, c’est-à-dire une poussée instinctive et naturelle à vouloir vivre des expériences qui favorisent notre épanouissement. Devenir de meilleures personnes, jouir de la vie, contribuer à améliorer la société, cultiver l’amour plutôt que la haine, affirmer notre potentiel unique, être vrais, mettre nos capacités et talents au service d’autrui, tous ces objectifs expriment notre désir de nous actualiser et notre recherche d’une vie pleine et réussie.
Mais beaucoup d’entre nous sentons à un moment ou l’autre de notre vie que cet élan fait défaut, que nous n’y avons plus accès ou, dans certains cas, que nous n’y avons jamais eu accès.
Bien qu’un élan d’actualisation, un dynamisme vital est disponible en chacun de nous, sans un effort conscient pour le stimuler et le nourrir, il tend à s’évanouir, car, de toute évidence, plusieurs forces viennent contrecarrer notre goût pour une vie intense et riche en expérience.
Jean-Louis Drolet, psychologue, présente une démarche dans son livre intitulé “ La route du sens, l’art de s’épanouir dans un monde incertain ” qui s’adresse à tous ceux et celles qui veulent devenir toujours plus vivants et engagés dans leur existence.
Il faut rappeler le fait, qu’être en vie implique toujours la tâche de lui donner un sens. Lorsque nos tentatives à cet effet tournent à vide, nous éprouvons alors de l’ennui, une absence de vitalité, un manque de direction, un sentiment d’inutilité. Toutes ces expériences expriment essentiellement que la vie stagne et qu’elle n’est pas pleinement vécue.
Dans les cas extrêmes, le suicide peut s’avérer être l’ultime réponse à donner un sens à notre vie. Le plus souvent, la réponse est moins définitive mais dans un sens plus souffrante, car elle maintient parfois longtemps la personne dans un “ inconfort existentiel ” dont il peut être difficile de sortir. En effet, l’individu en état de frustration existentielle aura tendance à calmer ses malaises (ennui, mécontentement, impuissance) causés par son vide existentiel par un accroissement des activités satisfaisant son besoin de plaisir ou de pouvoir. Alcoolisme, toxicomanie, déviance sociale, boulotmanie, paris et activités érotiques compulsives, recherche du pouvoir, de la richesse, du prestige social, de la réussite professionnelle peuvent être des voies de compensations au vide existentiel. Si l’état de frustration existentielle perdure, elle peut se transformer en névrose existentielle, caractérisée par une attitude d’éphémèrité et de fatalité devant la vie (vivre un jour à la fois sans rien attendre du lendemain) et l’adoption d’un point de vue nihiliste (la vie n’a pas de sens et ne sert à rien). L’état d’étrangeté qui envahit alors l’individu le rend sujet à la rupture entre la réalité extérieure et sa vie intérieure. Il peut alors s’exiler dans un monde imaginaire ou s’ankyloser dans un mode de vie socialement valorisé en adoptant un conformisme social (faire ce que les autres font) ou une soumission au totalitarisme (faire ce que les autres souhaitent). C’est ainsi que pour apaiser son angoisse résultant de sa névrose existentielle, l’individu affecté peut choisir l’une ou l’autre de ces issues :
le croisadisme en recherchant et en se dévouant compulsivement pour une cause importante et périlleuse, quel que soit son objet ;
le nihilisme en cherchant à discréditer et à nuire aux efforts d’autrui à faire des choses qui aient du sens ;
le végétativisme en adoptant l’attitude de ne pas croire à l’utilité ou à la valeur de la vie, une attitude cynique et en s’engageant le moins possible dans des activités.
Tous ces symptômes cachent à la fois la peur et la fuite de la liberté (qui est paradoxalement l’obligation de faire des choix) et la responsabilité envers son existence.
Le besoin de sens est un besoin naturel et fondamental et nous nous efforçons quotidiennement de le combler. Nous pouvons ressentir à l’occasion, ce que l’on peut appeler des brisures de sens, des petits chaos qui, pendant des secondes, des minutes ou des heures remettent en question notre compréhension des choses, nos valeurs, nos objectifs. Toutefois, c’est généralement en temps de crise, de transition difficile ou de perte significative que nous faisons réellement l’expérience du vide. Durant ces moments, le sens sur lequel, nous nous appuyions jusque-là pour mener notre existence se disloque, se désagrège, s’évapore en tout ou en partie. Il nous faut alors en prendre acte et reconstruire, puiser dans nos ressources intérieures pour refaire les liens brisés et donner une nouvelle direction à notre vie.
Bien souvent, cependant, avant de lâcher prise et d’accepter le non-sens qui nous envahit, par réflexe, nous nous accrochons, nous cherchons une bouée. In extremis, nous voudrions trouver la solution à notre détresse intérieure, nous voudrions trouver “ la solution ultime ” à nos questions. Toutefois, il y a dans cette quête une illusion, car contrairement à ce que l’expression “ le sens de la vie ” peut laisser entendre, il n’y a pas pour chacun de nous un “sens absolu ” qu’il s’agirait de découvrir pour soudainement accéder à la béatitude. Pourtant, plusieurs le pensent et s’évertuent à vouloir le trouver afin que leur vie ordinaire soit rehaussée par la découverte d’un sens transcendant et qu’il ne leur resterait plus qu’à le suivre.
Or, selon Viktor E Franckl, psychiatre existentialiste, nous faisons fausse route lorsque nous recherchons intentionnellement un sens à notre vie. Au lieu de nous demander si la vie a un sens, notre responsabilité consiste à “ trouver les bonnes réponses aux problèmes qu’elle nous pose et à nous acquitter honnêtement des tâches qu’elle nous assigne ”. Vu sous cet angle, le sens de la vie est un effet et non une cause.
Il ne s’agit pas d’avoir un sens pour bien vivre, mais plutôt de bien vivre, c’est-à-dire de répondre le plus adéquatement possible aux défis de notre existence, pour faire l’expérience du sens. Cela signifie que pour que le sens soit au rendez-vous, il y a des conditions à respecter, une manière d’exister à mettre en place.
Pour Jean-Louis Drolet, psychologue, faire l’expérience du sens de la vie relève de trois façons courantes d’appréhender l’existence : la comprendre, la valoriser et lui donner une direction.
Vous trouverez des explications plus détaillées dans l’ouvrage de Jean-Louis Drolet intitulé La route du sens, l’art de s’épanouir dans un monde incertain.
Lire la suite : La voie du sens : la comprendre.
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